Les hauts et les bas de Müller
Patrick Müller a connu une année 2006 pour le moins tourmentée. Un transfert, un titre de champion avec Lyon, un statut de remplaçant de luxe, une participation à la CM et, enfin, une blessure à l'épaule auront marqué ces douze derniers mois. Mais il demeure le joueur qui compte le plus de nominations de l'ère Köbi Kuhn.
Par Michael Martin
A l¹image de l¹automobiliste victime des aléas d¹un trafic qui lui réserve parfois des ralentissements fâcheux, Patrick Müller doit composer avec des arrêts inopinés, des à-coups plus ou moins brusques dans le déroulement de sa carrière de footballeur. Il le reconnaît lui-même lorsqu¹il fait le bilan de ces douze derniers mois: «En fait, je n¹ai pas beaucoup joué cette année.»
En 2006, il aura effectivement vécu une situation particulière avec des retournements de situation plutôt déconcertants. Il y eut, tout d¹abord, ce retour à Lyon. Un an et demi après avoir quitté Gerland, il s¹engage pour deux ans et demi avec l¹OL, le 26 janvier. Un autre Bâlois, Hernan Rossi, l¹avait précédé de quinze jours en signant à Nantes un contrat de trois ans. Patrick retrouve un club avec lequel il a fêté trois titres de champion. Il quitte du même coup le Parc Saint-Jacques où il avait débarqué une année auparavant. Son engagement au FCB avait soulevé de grandes espérances. Gigi Oeri avait été le chercher avec son jet privé à Majorque pour l¹amener au camp d¹entraînement des Bâlois dans le sud de l¹Espagne.
Considéré comme le digne successeur de Murat Yakin, dans le rôle de patron des lignes arrière, le Genevois n¹avait pas répondu à l¹attente des fans. Malgré la conquête du titre 2005, il garde un goût d¹inachevé. Avec une belle franchise, il confie aujourd¹hui: «Je n¹étais pas assez bon. Mes jambes semblaient parfois me trahir.» Mais pourtant, lorsqu¹il revêtait le maillot à croix blanche, comme en mars 2005 au Stade de France, il paraissait en pleine possession de ses moyens.
La gentillesse personnifiée, garçon intelligent, il s¹interdit toute amorce de polémique. C¹est justement son heureux caractère qui lui vaut ce retour à l¹Olympique Lyonnais où il ne compte que des amis, à commencer par le directeur sportif Bernard Lacombe et le gardien Gregory Coupet. D¹entrée de jeu, l¹entraîneur Gérard Houllier lui dit qu¹il voit en lui la doublure idéale, le joueur de classe prêt à pallier toutes les défections en défense. Un rôle ingrat qui exige une bonne dose d¹abnégation. Müller assume cet emploi avec une correction parfaite. L¹ancien manager de Liverpool est comblé. A chacune de ses apparitions dans la seconde partie du championnat de L1 2005/06 (douze matches/un but), l¹international suisse ne déçoit pas.
Par rapport à sa période bâloise, il hausse son niveau de jeu. En Ligue des Champions, titulaire pour les deux matches contre le PSV Eindhoven en huitième de finale, il n¹est pas engagé en quart de finale lors de l¹élimination face à l¹AC Milan.
A l¹intersaison, alors qu¹il brille en Allemagne à la CM, le président Jean-Michel Aulas se livre à une campagne de transferts dispendieuse dans l¹espoir de bâtir une équipe capable d¹enlever la Champions League. En défense, l¹arrivée de l¹international français Sébastien Squillaci avive encore la concurrence. L¹espace de cinq journées de championnat, Müller fait le banc.
La veille du match contre le Real Madrid, le 13 septembre, Houllier frappe à sa porte. Il lui annonce sa titularisation. «J¹étais complètement surpris», avoue Patrick. Devant le public de Gerland, il se hisse à la hauteur de l¹événement. La qualité de sa relance est particulièrement appréciée. Sur sa lancée, il joue quatre matches d¹affilée qui sont autant de victoires avec un seul but encaissé.
«Je m¹étais réellement imposé», confie-t-il en faisant allusion à ces deux semaines de rêve. Mais cette période faste prend fin à Innsbruck. Dans le match contre l¹Autriche, une malencontreuse blessure à l¹épaule le renvoie prématurément aux vestiaires. Verdict: trois semaines de pause et du même coup, il perd sa place dans le onze de base de l¹OL. «J¹ai eu toutefois de la chance dans mon malheur si je pense à Philippe Senderos. Cela aurait pu, en effet, être pire.» Il n¹en reste pas moins que Müller est encore l¹un des éléments importants de l¹équipe nationale qui, après s¹être blessé sous le maillot à croix blanche, perd sa place dans son club.
Mais il sait qu¹il peut compter sur le soutien indéfectible de Köbi Kuhn dont il est le plus fidèle auxiliaire. Müller compte le plus grand nombre de sélections (51) sous la direction d¹un coach qui a 62 matches internationaux à son actif. Dans un avenir plus ou moins rapproché, Houllier fera à nouveau appel au Genevois dont il apprécie l¹intelligence de jeu. Mais de son propre aveu, Müller connaît des creux inexplicables. «Chaque année, il y a toujours deux mois où je ne joue pas bien. Si je savais pourquoi, j¹aurais remédié à cette situation depuis longtemps!» Mais une chose est sûre: Lyon est le club où il donne sa pleine mesure.
«L¹équipe est formidable et l¹ambiance dans les vestiaires est fantastique et je joue dans une ville si proche de Genève.» Son contrat porte jusqu¹à juin 2008. Il aura alors 31 ans et il espère évoluer encore trois ou quatre saisons au plus haut niveau.
Après les excursions malheureuses à Majorque et à Bâle, il préférerait terminer sa carrière à Lyon. «Si le club le veut, je reste!» s¹exclame-t-il. L¹autoroute qui relie la cité rhodanienne à sa ville natale est bien dégagée.
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